La Vigne et le Vin dans les Archives Médiévales des Sainte-Chapelle de Paris et de Vincennes
Les sources utilisées sont les archives de la Sainte-Chapelle de Paris, consacrée en 1248 sous le règne de Saint Louis, et de la Sainte-Chapelle de Vincennes fondée en 1279 par Charles V. 
Seuls treize chanoines de Paris et les neuf chanoines de Vincennes interviennent dans le partage du vin reçu ou produit. Leurs besoins en vin sont importants. Il y a d’abord le vin de messe ; 1 dl par messe, soit à raison d’une messe quotidienne 36,5 l par an et par religieux. Il faut y ajouter toutes les messes d’anniversaires pour les défunts. Il y a aussi leur ration journalière, peut-être autour de 2 l, et les agapes exceptionnelles (fêtes, «survenants» c’est-à-dire visiteurs de marque ou messagers). Pour satisfaire ces besoins, plusieurs solutions :
- La première solution est de recevoir des rentes en vin assignées sur les vignes parisiennes du roi : treilles du Palais de la Cité, clos de la montagne Sainte-Geneviève ou de Notre-Dame des Champs. On peut aussi compter sur les distributions de vin du cellier du souverain (près de la tour de l’Horloge) lors de ses séjours dans l’île en vertu d’un droit de commensalité.
D’autres rentes sont assignées sur les vignes de particuliers à Villejuif, à Notre-Dame des Champs. Ces dernières proviennent de donations pour des fondations d’anniversaires ou d’achats pour le collège des chanoines.
A la fin du Moyen-Age, les Parisiens sans doute de 100 000 à 200 000 personnes - consomment des vins locaux dits « vins français « surtout blancs ou clairets, des vins de Basse-Bourgogne (Auxerrois), de Beaune (la Côte d’Or actuelle) et de Saint-Pourçain-sur Sioule.
Le port au Vin est situé au XV° siècle sur la Place de la Grève. On sépare le port de Bourgogne, le port « français « et celui des vins de Loire.
Les barques employées sont à fond plat, nez relevé, bords peu élevés. D’après les épaves retrouvées (fouilles subaquatiques dans la Saône de 1983-1984, musée de Châlon-sur-Saône), leur longueur peut atteindre 10 à 12 mètres, leur largeur 2m. Arrivées à Paris, les barques sont « déchirées « sur place, faute de moyens suffisants de halage pour leur retour et leurs bois sont utilisés dans la construction des maisons de la capitale.
La seconde solution plus onéreuse mais plus gratifiante transforme les chanoines en producteurs de vin. C’est le parti adopté par les chanoines de la Sainte-Chapelle de Vincennes, dont le recrutement social et professionnel est moins relevé que celui de la Sainte Chapelle de Paris et sans doute plus proche de leurs origines paysannes et terriennes.
La Sainte-Chapelle de Vincennes possède dans sa dotation royale initiale des vignes à Montlignon et à Saint-Prix au Nord dont elle abandonne vite la gestion directe. Elle les donne dès la fin du XIV° siècle à bail avec redevance d’argent. En revanche, elle conserve en gestion directe son vignoble de Villeperrot, dans la vallée de l’Yonne, près de Sens. Les modalités et le coût de sa mise en valeur et des vendanges sont conservés dans un unique livre de comptes pour l’année 1403.

La Sainte-Chapelle de Paris acquiert peu à peu des parcelles de vigne dans les faubourgs (Le Roule, Picpus, Notre-Dame des Champs) et dans la banlieue (Arcueil). Elle procède de même le long des voies navigables : l’Oise, le Loing et la Seine dans un rayon de 80 kilomètres. Elle loue ses vignes à des tenanciers.
Pour en savoir plus : Roger DION, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIX° siècle, Paris, 1959 . La vigne et le vin en Ile-de-France, Mémoires de la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et d’Ile-de-France, t.35, 1984 . La vigne et le vin, catalogue d’exposition, Paris, Ed. La Manufacture et la Cité des Sciences et de l’Industrie, 1988.


